Les allergènes dans le blanc d’œuf
Les allergènes sont principalement contenus dans
le blanc d’œuf. L’ovomucoïde (Gal d 1) est récemment reconnu
comme thermolabile, expliquant que des individus tolèrent d’œuf
cuit et réagissent à l’ingestion d ’œuf cru. Les autres allergènes
du blanc d’œuf comportent l’ovalbumine(Gal d 2), l’ovotransferrine
(Gal d 3), le lysosyme (Gal d 4), la sérum albumine
et d’autres allergènes encore non référencés. |
Les allergènes dans le jaune d’œuf
Le principal allergène du jaune d’œuf est l’alpha-livétine.
Ce dernier est impliqué le syndrome œuf-oiseau : des individus possédant
des oiseaux peuvent développer plusieurs années plus tard une authentique
allergie alimentaire à l’ingestion d’œuf de poule. Les autres allergènes
du jaune d’œuf semblent peu allergisants
En pratique : malgré des différences d’allergènes
entre blanc et jaune d’œuf, l’individu allergique à l’œuf de poule
devra éviter la consommation du blanc et du jaune d’œuf car il est
impossible de séparer strictement le blanc du jaune d’œuf. |
Les allergies associées
Il est facile de comprendre les allergies associées blanc et jaune d’œuf. Les allergies associées œufs de poule et œufs d’autres oiseaux sont moins fréquentes. Les associations les plus fortes sont dirigées contre les œufs de poule, de dinde et de caille appartenant au même ordre des galliformes. En revanche, les associations entre œufs de poule, de canard et d’oie, voire de mouette sont plus rares car ils appartiennent à un ordre différent des ansériformes ou des charandriformes. L’allergie associée œuf de poule et viande de poulet apparaît exceptionnelle et concerne moins de 5% des cas.
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Les signes
Les signes cliniques de l’allergie à l’œuf de poule sont identiques à ceux des autres allergies alimentaires. Les signes cutanés sont les plus fréquents (eczéma, urticaire). Néanmoins, les signes peuvent être sévères et correspondre à un choc anaphylactique dans 4 à 5% des observations d’allergie à l’œuf de poule. La fréquence des signes sévères est donc moins importante que pour d’autres allergies alimentaires telles que l’arachide ou le sésame. Les signes respiratoires sont plus fréquents chez le grand enfant. Les signes peuvent se modifier avec l’âge et l’évolution de l’allergie à l’œuf de poule. Il semble que les symptômes restent identiques chez la moitié des individus qui présentent une allergie persistante. Ils s‘aggravent chez un individu sur trois.
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Des manifestations après simple contact cutané
Les voies de déclenchement d’une allergie à l’œuf sont l’ingestion de produits contenant de l’œuf, et également le simple contact cutané et/ou d’une muqueuse avec de l’œuf. La réaction cutanée au contact d’un œuf n’a aucune corrélation avec une éventuelle réaction à l’ingestion d’œuf. D’autres formes cliniques d’allergie alimentaire à l’œuf ont été décrites comme l’entérocolite dont le mécanisme n’est pas induit par les IgE.
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Diagnostic
Comme pour toutes les allergies alimentaires, le diagnostic est fondé sur l’histoire clinique, la pratique des tests cutanés, du dosage des IgE spécifiques et du test de provocation par voie orale en l’absence d’antécédent de réaction clinique sévère.
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Le test de provocation par voie orale représente le test de référence
Il est aussi effectué pour rechercher la guérison de l’allergie à l’œuf de poule. Il est alors souvent appelé test de réintroduction.
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Les prick-tests
A l’heure actuelle, les progrès réalisés permettent une approche diagnostique différente sous la forme de probabilité d’être allergique. L’information donnée par les tests cutanés et le dosage des IgE spécifiques pourrait limiter les indications des tests de provocation par voie orale. Ainsi, un diamètre du test cutané œuf (effectué avec un extrait commercial) à 7 mm définirait l’enfant allergique à l’œuf de poule avec une spécificité de 100%. A cette valeur, tous les enfants seraient allergiques à l’œuf. Le diamètre moyen d’induration du prick test blanc d’œuf utilisant l’aliment naturel natif est évalué à 11 mm pour obtenir le même résultat.
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Le dosage des IgE spécifiques est standardisé.
Des auteurs ont établi une corrélation entre la concentration des IgE spécifiques blanc d’œuf et une
probabilité d’être allergique de plus de 95%. Les concentrations vont de 1.5 kUA/L à 17.5 kUA/L,
avec une valeur retenue de 2 kUA/L pour les enfants âgés de moins de deux ans.
Les différences observées reflètent des études réalisées dans des pays différents avec une population étudiée différente. Néanmoins, une valeur supérieure ou égale à 7 kUA/L est admise pour définir l’individu comme allergique à l’œuf et le test de provocation par voie orale n’est pas nécessaire. Le test de provocation par voie orale est indispensable pour porter le diagnostic d’allergie à l’œuf pour des concentrations inférieures. Le dosage des IgE jaune d’œuf apporte des informations supplémentaires en étant plus spécifique ; ce qui revient à dire que l’absence de détection d’IgE jaune d’œuf est relevée uniquement chez les non allergiques à l’œuf. Enfin, il n’existe pas de corrélation entre la concentration des IgE spécifiques et la gravité des symptômes cliniques.
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Les patch tests
En cas de dermatite atopique, la pratique des patch tests avec l’œuf entier naturel battu pourrait améliorer la détection d’une allergie à l’œuf. Néanmoins, ce test est souvent responsable d’urticaire de contact sans valeur pour le diagnostic.
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Tolérance pour l’œuf cuit ou l’œuf cru
Certains enfants allergiques à l’œuf tolère la
forme cuite et déclenche des réactions allergiques à l’ingestion
d’œuf cru. A l’heure actuelle de nos connaissances, il n’est pas
possible d’extrapoler le niveau des IgE spécifiques qui prédit la
tolérance pour l’œuf cuit ou cru. On peut aussi énoncer que tolérer
la forme cuite de l’œuf ne permet pas de connaître la tolérance
vis à vis de l’œuf cru. Mais, favorise-t-on l’acquisition d’une
tolérance en autorisant la consommation d’œuf cuit toléré chez l’individu
qui réagit avec l’œuf cru ? Des études supplémentaires sont nécessaires.
En pratique, l’enfant allergique à l’œuf devra
bénéficier d’un régime strict jusqu’à l’âge de 2-3 ans en évitant
l’œuf cru et cuit et, ce quelle que soit sa tolérance pour l’œuf
cuit. Puis passé l’âge habituel de guérison, le régime d’éviction
est moins restrictif en autorisant l’œuf cuit chez ceux qui le tolèrent.
L’objectif étant d’améliorer la qualité de vie. |
Evolution
L’allergie à l’œuf de poule guéri dans 40 à 66%
des cas, à un âge moyen de 3 – 4 ans. La persistance ou la découverte
de l’allergie à l’œuf à un âge tardif est de moins bon pronostic.
La gravité des signes cliniques initiaux n’est pas corrélée avec
le devenir. Néanmoins, les signes respiratoires sont plus fréquents
dans les allergies persistantes. Une corrélation est établie entre
les résultats des tests cutanés, des IgE spécifiques et l’évolution.
Pour Boyano et al., les enfants qui guérissent ont une taille du
prick test inférieure à 6 mm, présentent des symptômes plutôt cutanés
à l’ingestion d’œuf et ont des IgE spécifiques inférieures à 1,98
kUA/L. Dans notre étude, en comparaison avec les enfants qui restent
allergiques à l’œuf, les enfants qui ont guéri ont une taille des
prick test pour l’œuf inférieure à 5 mm (p<0,001), des IgE blanc
d’oeuf inférieures à 4,2 kUA/L (p=0,0002), des IgE jaune d’oeuf
inférieures à 2,3 kUA/L (p=0,001) et une diminution des valeurs
des IgE spécifiques dans le temps.
En pratique : Un bon moyen de suivre l’allergie
à l’œuf de poule est de doser tous les ans les IgE spécifiques blanc
et jaune d’oeuf. Une diminution nette des valeurs d’IgE spécifiques
permet de proposer un test de réintroduction à la recherche d’une
guérison. |
Un suivi allergologique indispensable
Il est indispensable de suivre tous les enfants allergiques à l’œuf de poule par une ré-évalution allergologique à visée respiratoire tous les deux ans jusqu’à l’âge de 6 ans. En effet, il est démontré qu’un antécédent d’allergie à l’œuf, voire même d’une simple sensibilisation à l’oeuf, était un élément prédictif d’une évolution vers un syndrome asthme, d’autres allergies alimentaires et de sensibilisations respiratoires. C’est la « carrière de l’allergique » : 46% des enfants sensibilisés à l’œuf seront sensibilisés aux acariens à l´âge de 3 ans, et 40% d’entre eux souffriront d´asthme à l´âge de 5 ans.
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La vaccination de l’enfant allergique à l’oeuf
La vaccination chez l’enfant allergique, en France,
repose sur une circulaire de 1985 qui contre indique la vaccination
chez le patient ayant présenté une anaphylaxie à l’ingestion d’œuf.
L’analyse de cette circulaire et une revue de la littérature récente
montre que l’allergie vraie à l’œuf ne nécessite pas le plus souvent
de précautions particulières pour la vaccination. Des protéines
d’œuf (ovalbumine) sont présentes dans le vaccin de la grippe (cultivé
sur œuf embryonné de poule) avec des quantités qui varient chaque
année avec la production de la souche vaccinale. La présence de
protéines d’œuf n’est pas détectable dans les vaccins disponibles
en France ROR® ou Priorix® ; elle est en très faible quantité dans
le vaccin américain. Des quantités non négligeables sont retrouvées
dans le vaccin de la fièvre jaune qui pousse sur des embryons de
poulet. Ces vaccins contiennent d'autres protéines allergisantes,
comme la gélatine ou la néomycine, qui seraient en fait responsable
de la majorité des réactions allergiques lors de la vaccination.
En pratique : les enfants allergiques à l’œuf
devraient être vaccinés sans précaution contre le ROR® et le Priorix®.
En revanche, il conviendrait de vérifier chaque année le contenu
en protéines d’œuf du vaccin antigrippe. Une exploration allergologique
est indispensable en cas de réaction survenant après la vaccination.
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La prévention des allergies
Classiquement, chez les enfants à haut risque (issus de famille atopique), la prévention primaire du développement de l’asthme et des allergies comporte, parmi les autres mesures de prévention, un retard d’introduction des protéines d’œuf après l’âge d’un an. Cette mesure est actuellement remise en cause, un travail récent remarque que l’introduction après 8 mois de l’œuf s’accompagne de plus de manifestations allergiques.
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Le régime d’éviction
Le traitement de l’allergie à l’œuf de poule repose sur le régime d’éviction stricte des produits contenant de l’œuf, qu’il s’agisse des aliments mais également des cosmétiques et des médicaments (voir fiche conseils). Les allergies associées doivent aussi être prise en compte dans le régime d’éviction. Une éducation du patient et de son entourage, parfois aidée d’une diététicienne, est essentielle pour l’apprentissage de la lecture des étiquettes et proposer des menus adaptés.
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A suivre
L’œuf devra obligatoirement être mentionné dans la liste des ingrédients des produits finis dès 2005,
d’après l’annexe IIIa de la nouvelle directive Européenne sur l’étiquetage.
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Pour en savoir plus (pour les références Medline, cliquez)
- Rancé
F, Kanny G, Dutau G, Moneret-Vautrin DA. Food hypersensitivity
in children : clinical aspects and distribution of allergens.
Pediatr Allergy Immunol 1999;10:33-8.
- Eggesbo
M, Botten G, Halvorsen R, Magnus P. The prevalence of allergy
to egg: a population-based study in young children. Allergy 2001;56:403-11.
- Sampson
HA. Utility of food-specific IgE concentrations in predicting
symptomatic food allergy. Food and drug reactions and anaphylaxis.
J Allergy Clin Immunol 2001;107:891-6.
- Boyano
Martinez T, Garcia-Ara C, Diaz-Pena JM, Martin-Esteban M. white-specific
IgE antibodies in children with egg allergy. J Allergy Clin Immunol
2002;110:304-9.
- Rancé F, Fargeaot-Espalliat A, Rittié JL,
Micheau P, Morelle K, Abbal M. Valeur diagnostique du dosage des
IgE spécifiques dirigées contre le blanc et le jaune d’œuf dans
le diagnostic de l’allergie alimentaire à l’œuf de poule chez
l’enfant. Rev fr Allergol Immunol Clin 2003 ;43 :369-72.
- Bidat
E, Rancé F, Gaudelus J. Vaccination chez l’enfant allergique à
l’œuf. Arch Pediatr. 2003 ;10(3):251-3.
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